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Catégories : culture, social, politique, échanger
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 25 juin 2009
Mise à jour : 1 juillet 2009

Je suis un NEM

 
Je fais cette lettre pour que les gens comprennent vraiment comment vivent les NEM.
Je vais vous raconter ce que nous vivons à la Voie-des-Traz.

On y est très nombreux et tous mélangés.
Dans mon dortoir, il y a trente personnes.
On ne se connaît pas et on ne se comprend pas.

Beaucoup ont complètement perdu la mémoire à travers des souffrances mal vécues
et une nourriture que ne convient pas.

Nous sommes trop nombreux pour pouvoir dormir,
les gens ne s'entendent pas bien, se dérangent.
Il y a le bruit des avions et des odeurs très fortes.
Il est difficile de garder les locaux propres, parce qu'il y a trop de monde.

La nourriture est insuffisante: un sandwich à midi et le soir un repas,
mais où il y a tout le temps du riz.

Beaucoup sont malades.
Il y a beaucoup de déprimés et de personnes qui,
depuis qu'elles sont NEM, sont devenues alcooliques.
Sans espoir, elles se détruisent petit à petit.

Les visites sont contrôlées.
Souvent on les refuse.
Et j'ai peur de faire venir un ami me trouver.

On a le sentiment d'être mis dans un magasin ou un dépôt de marchandises.
Les NEM sont des gens que la Suisse a voulu jeter à la poubelle.
NEM est un nom humiliant. Et on ne mérite pas de vivre dans de telles conditions.

La Suisse est en train de détruire beaucoup de gens !
J'espère que les autorités suisses nous donneront le droit de vivre comme des êtres humains.

B.A., Grand-Saconnex, 22 juillet
Paru dans la Tribune de Genève, 6/7.8.2005
Paru dans Vivre Ensemble n° 104 (septembre 2005)



Non-entrée en matière

«Quand on regarde un peu la loi, on peut se demander à quoi devrait ressembler un réfugié
qui voudrait correspondre au réfugié dont parle la loi.

Ce devrait être quelqu'un qui a emmené ses papiers, un passeport en règle,
son acte de naissance, sa carte de donneur de sang, son livret de famille.

Ce devrait être quelqu'un qui ne vient pas ici pour faire la manche.
Quelqu'un qui a donc de l'argent, qui amène cet argent et
qui ne dépend pas de notre aide sociale.

Quelqu'un qui voudrait rapidement repartir, car il a un avenir ailleurs,
une famille, une maison, un bon boulot qui lui permet de vivre.

Quelqu'un qui chez lui, pour des raisons politiques, a pris deux ou trois mois de congé.
Quelqu'un qui rentrerait chez lui après deux ou trois mois, une fois la situation stabilisée.

Quelqu'un qui ne viendrait pas ici pour faire de l'agitation politique
dans le but de stabiliser la situation chez lui, et
qui aurait le projet de s'intégrer au plus vite,
d'apprendre la langue, la culture et tout, pour repartir le plus vite possible
et révéler à la terre entière ce qu'il a appris,
afin que tout le monde sache et comprenne que
la Suisse est un sacré État de droit…

Un État qui s'apprête à enfreindre le droit international et
à plonger dans l'injustice
celles et ceux qui ont fui l'injustice.

Un État qui s'apprête à rendre la vie dure à celles et ceux
qui ont risqué leur vie pour sauver leur vie,
à les enfermer préventivement, le temps qu'ils se souviennent peut-être
qu'ils ont ailleurs un oncle fortuné qui voudrait d'eux…

Si vous ne voulez pas que notre droit d'asile devienne une injustice,
et si vous pouvez vous représenter ce réfugié pour qui est soi-disant faite cette loi,
alors il n'y a qu'une réponse à donner à cette loi: non-entrée en matière.»

Guy Krneta, dramaturge et auteur alémanique, traduction Simon Koch
Paru dans le Manifeste des artistes contre la loi sur l'asile, août 2006
puis dans Vivre Ensemble n° 109 (septembre 2006)
(consultation en ligne des articles de Vivre Ensemble)