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Catégories : échanger, spiritualité
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Publication : 25 juin 2009
Mise à jour : 1 juillet 2009

Derrières les poèmes ci-dessous, parus dans Vivre ensemble, se dessinent les visages de femmes, d'hommes touchant notre humanité et nous donnant soif d'humanité.

Les cigognes

Lundi après-midi, quand je suis retourné à Lucens,
J'ai vu les cigognes.
Sur chaque toit, il y en avait une.
Je les ai vues.
Je ne suis pas un homme qui pleure beaucoup,
Mais ça m'a touché.
Tu sais pourquoi ?
En Turquie, il y a un proverbe.
On dit que si tu vois une cigogne voler,
Ca veut dire,
Tu vas voyager.
Parce que les cigognes visitent Jérusalem,
Elles sont les pèlerins.
J'ai vu une vingtaine de cigognes qui volaient,
C'est la raison pour laquelle,
Je suis heureux.
Depuis que je suis arrivé en Suisse,
C'est la première fois que je les ai vues.
Peut-être, un jour,
Je pourrai aussi voyager à nouveau,
Comme elles…

Ali Kokden
Paru dans "Voix d'Exils" no 15, septembre 2004


Seul

J'ai mal, comme une fleur pâle
La tête est fanée, comme la fleur sans eau
Je pleure, oh, je pleure
Comme la pluie, comme la rivière
Mais seules des gouttes sèches
tombent sur mon visage
Ma douleur, ma pâleur
Pourquoi donc?
La main est paralysée,
les yeux ne voient plus
Je suis handicapé !
Ils se moquent de moi
Ma personnalité de vaut rien
Comme si je venais d'un autre monde
Ne l'oubliez pas: je suis des vôtres !
Ne me jetez pas dans un coin
Ne me regardez pas si stupidement
Venez, partageons la vie
Non en ennemis, mais en amis !

Ibrahim Uetebay, réfugié kurde


Lâche-moi !

Si le jour de la justice n'est pas loin
Que le ciel…
Si le monde du mensonge n'est pas lourd
Que la vérité…
Je ne suis pas un criminel !
Je suis prisonnier d'opinion !
Victime de l'injustice
Lâche-moi !
Ma cellule est glaciale
Ma cellule est humide
L'hygiène dans ma cellule…
Complètement déplorable…
Lâche-moi !
Il y a des rats, des cafards
Et des puces…
Partout…
Ca donne des douleurs…
Ca fait de la peine
Lâche-moi !
Je suis un humain. Sans liberté
Je suis sans voix. Sans droit.

Wondimeneh Aberra, pour tous les prisonniers d'opinion en Ethiopie
Paru dans «Voix d'Exils» no 26, février-mars-avril 2007


O toi ! Liberté !

Liberté,
Ton cri a secoué le monde !
Moi, Kurde, j'entends aussi ta voix…
Elle est douce,
Plus douce que le chant d'amour,
Plus chaude que le vent
qui réveille les bois
(…)
Liberté,
Ta voix a balayé la nuit,
Cette nuit obscure
Des tyrannies sanglantes…
A toi toutes nos pensées,
Source de joies pures,
Immortel esprit,
Couronne de dignité.

Emir Kamuran Bedir Khan, poète kurde
Paru dans «L'Appel du Kurdistan», no 33, octobre 2006

 


Mes racines

En été ou au printemps
Je me souviens de mes déracinements

Pour tous les déracinés, ici et là
Ma peine est toujours là.

En été ou au printemps
Les déracinés dans leur fondement
Seront morts par éclairs blancs

Ma peine est avec moi, tout le temps.
Je me suis enracinée difficilement
J'avais besoin de vivre dignement

Ma peine m'abandonne péniblement
Elle reste avec moi, tout le temps.

Mes racines avaient besoin de liberté
Elles vont là où elles trouvent une possibilité

Le bonheur chante en moi à présent
Ma peine, je la sens tout le temps.

Victoria, réfugiée
Paru dans «Le Chênois», no 441, mai 2006