| Catégories : | politique, social |
| Rédacteurs : |
Mark Haltmeier Jeannette Amey |
| Publication : | 24 octobre 2010 |
| Mise à jour : | 9 décembre 2010 |
Anticonstitutionnelle, contraire au droit international, inapplicable telle quelle, discriminatoire, injuste, inhumaine, trompeuse, incomplète, arbitraire… la dernière «initiative» de l'UDC «pour le renvoi des étrangers criminels» fait fort… et pourtant, nombreux sont ceux qui votent pour !
Comment expliquer que l'on puisse donner du crédit à une «solution» qui apportera plus de problèmes qu'elle ne prétend en résoudre et qui oublie d'intégrer des points aussi importants que la criminalité économique - la vraie, pas les petits abus (in)volontaires de quelques centaines de francs au niveau de l'aide sociale qui pourraient valoir à un «délinquant» étranger de 2e ou 3e génération le renvoi dans son pays d'origine; pays qu'il n'a peut-être jamais visité et dont il ne connaît, avec un peu de malchance, même pas la langue !
Une première raison est à trouver dans la publicité choc(ante) et trompeuse de l'UDC, placardée dans toute la Suisse grâce aux millions de l'aile affairiste de ce parti: une façon efficace d'induire les gens en erreur pour qui n'y prend pas garde, alors que le droit actuel est non seulement suffisant mais parmi les plus strictes d’Europe pour résoudre les cas graves affichés dans cette campagne de pub xénophobe.
Ceci dit, faire croire qu’un oui à l’initiative résoudrait les problèmes de criminalité est une grossière tromperie: l'initiative n'aura aucun effet sur le problème du «tourisme criminel» ou de la délinquance parmi les personnes sans autorisation de séjour. L'UDC sait qu'elle aura donc toujours de la «munition» à disposition pour ses prochaines campagnes populistes, dont le but premier est d'engranger des voix tout en détournant l'attention de nos concitoyens des vrais enjeux qui détermineront notre avenir commun…
Une deuxième explication est à trouver dans la distorsion de la réalité qu'induit l'hyper-médiatisation des moindre larcins, abus, agressions, etc. Cette amplification de tout ce qui ne va pas dans nos sociétés n'est pas anodine et ne nous aide guère dans la recherche de solutions aux multiples défis qui sont devant nous.
Une troisième raison est à rechercher dans le durcissement sournois des rapports de pouvoirs lié, entre autres, aux restrictions budgétaires et demandes d'efficience accrue sous couvert de compétitivité mal comprise. Mis sous pression, les gens seront moins tolérants et répercuteront leur mal-être plus loin…
Une quatrième explication nous semble être liée au sentiment d'insécurité qu'éprouve de nombreuses personnes dans notre monde traversé par des crises économiques, sociales et écologiques qui semblent obstruer notre avenir. Inquiets et pessimistes, les gens se replient sur leurs acquis (voir l'éditorial de Jean-Pierre Denis du 20 octobre dans La Vie). La crainte d'un déclin, de jours plus difficiles est un terreau propice à la recherche de coupables, à la traque aux «abuseurs» en tout genre… bref à la méfiance, au soupçon. Un terrain fertile aux extrémistes de tous bords, à commencer par l'extrême droite et ses discours réducteurs.
Outre le fait de s'opposer clairement aux démarches démagogiques de l'UDC (voir les prises de position des Eglises ci-dessous), il faut commencer par se poser de bonnes questions (au lieu d'apporter de mauvaises réponses), notamment:
Quiconque évite ces questions importantes par des artifices juridiques non seulement n’y répond pas, mais instaure en Suisse un climat qui nuit à l’ensemble des étrangers et contribue, dans la problématique de la criminalité des étrangers, à l’enracinement de préjugés malsains.
Si réfléchir à ces enjeux est fondamental, comme l'a montré la conférence «Gouverner par la peur ou par l’espérance?» organisée par ChristNet le 13 novembre à Berne, il est important d'agir en amont des problèmes, soit chercher des solutions plutôt que des coupables.
Si l'injustice est le moteur principal des délits et autres dysfonctionnements, alors œuvrer pour un monde plus juste devrait être une priorité, comme nous vous le proposons en investissant dans l'équité et en s'opposant à l'exploitation grâce à nos impôts.
Sachant par ailleurs qu'il y a un lien très fort entre justice sociale et respect de l'environnement, protéger le substrat de nos existences est une manière efficace d'œuvrer en faveur de la paix.
Cette «nouvelle» façon d'être au monde pour un mieux vivre ensemble appelle un changement de notre vision du monde, de nos valeurs, de nos priorités. Un chemin que nous vous invitons à explorer…
Ah, au fait, saviez-vous que:
La position des Eglises est très claire concernant l'initiative UDC: c'est un NON sans équivoque. En cas d’adoption des deux projets (initiative et contre-projet), elles recommandent de choisir de voter pour le contre-projet au niveau de la question subsidiaire.
Pour plus d'informations, voir:
Pour ceux qui préfèrent voir que lire, voici trois clips édifiants:
Pour ceux qui cherchent à mieux comprendre ce que vivent de nombreux étrangers, en savoir plus sur le thème de la migration et les raisons des préjugés liés aux migrants, nous recommandons l'exposition «L'Autre.ch».