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Catégories : économie, culture
Rédacteurs :
Thérèse Schwab
Jean-Claude Schwab
Publication : 28 octobre 2008
Mise à jour : 22 décembre 2008

Reconsidérer la richesse

Compte rendu d'une conférence dans le cadre de rencontres citoyennes en octobre 2008 à Dieulefit  (Drôme provençale) sur le thème «Pensons le monde autrement».*

Sans jargon politique et sans langue de bois Patrick Viveret - philosophe, magistrat à la Cour des Comptes - nous invite à changer de représentation sur la richesse et la fonction que joue la monnaie dans nos sociétés.

Voici quelques notes que nous en avons rapporté:

La crise économique qui frappe actuellement le monde entier a été précédée par la crise écologique et la crise sociale. Ces trois crises sont interdépendantes. Les banques cherchent à résoudre la crise économique dans une fabuleuse fuite en avant. Elles oublient qu’avant les fondamentaux économiques, il faut les fondamentaux écologiques et humains.

 

1. Il y a démesure entre ce que l’on compte et ce qui compte vraiment 

  • Le produit intérieur brut (PIB) est un indicateur économique très utilisé, qui mesure le niveau de production d'un pays. Mais le PIB n’a rien à voir avec les richesses réelles: les catastrophes, les accidents créant des flux monétaires sont comptabilisés comme des «valeurs ajoutées». Les destructions de vie, sont comptabilisées comme actifs, alors que les richesses fondamentales, comme l’environnement, la vie humaine ne sont pas prises en compte.
  • Il y a démesure dans les flux financiers: seuls 2,7% représentent des échanges réels, alors que l’économie spéculative représente 97,3%. Ce qui nous mène aujourd’hui à l’implosion du capitalisme financier.
  • Il y a démesure dans la répartition des richesses: la fortune des 225 personnes les plus riches correspond au revenu de 2,5 milliards (2'500'000'000) de personnes.
  • Il y a démesure dans le rapport à la nature: orientée vers le productivisme, l’exploitation sans frein des ressources naturelles est à l’origine de la crise écologique.

2. Mal-être, mal de vivre

Le rapport à l’argent des pays riches reflète un profond mal-être.

Il n’y a pas d’argent pour les besoins vitaux des plus pauvres alors que les budgets des plus riches pour la publicité sont 700 milliards, pour les stupéfiants 700 milliards également et pour les armements de 1200 milliards ! Ce qui indique qu’à l’arrière-fond de nos gestions se cache le mal de vivre des nantis.
La publicité prétend vendre du bonheur, du rêve, de la beauté, de l’amour. La consommation de drogues est liée directement au mal de vivre, l’armement est lié à la peur. Cette utilisation de l’argent est symptomatique d’une société malade et destructrice.

«Quand nous avons demandé 40 milliards pour éradiquer la faim, il n’y avait pas d’argent dans les caisses des états et maintenant, on en sort, comme par miracle, des milliards pour sauver la «bulle» des banques de la faillite !» s’indigne le directeur de la FAO.

3. Solidarité et sobriété heureuse

Le fait de traiter la crise financière séparément par une fuite en avant prépare une fuite en arrière dans le domaine des crises écologique et sociale, ce qui est une erreur profonde. Il est essentiel de traiter les trois crises – économique, écologique et sociale - ensemble.

En attendant que le monde politique et économique le comprenne, les mouvements citoyens agissent comme ferments de changement. Les crises augmentent la peur et le sentiment d’impuissance de beaucoup. Le défi est de reprendre du pouvoir sur sa propre vie et de chercher des solutions ensemble.

Il s’agit de prendre du recul par rapport à l'image du bonheur que la société de consommation a cherché à nous imposer et de chercher des stratégies positives à mettre en place, basées sur d’autres valeurs que l'économique. A la place de l'esprit de compétition se trouve l'esprit de collaboration, à la place du «chacun pour soi» se trouve la solidarité, à la place de la croissance économique, se trouve la croissance du partage. Le sentiment de peur et d’impuissance peut être transcendé par le choix de vivre volontairement avec des limites, dans une certaine sobriété. Il ne s’agit pas d’entrer dans une perspective sacrificielle et punitive, mais de découvrir la joie au cœur de la sobriété, dans une ambiance festive avec une énergie collective. C'est ce que Pierre Rahbi appelle la sobriété heureuse (voir l'article sur la simplicité volontaire).

«Il faut apprendre à nous aimer en frères et sœurs ou nous préparer à mourir comme des imbéciles»  disait déjà Martin Luther King.

La mondialisation c’est la dictature universelle de l’ultracapitalisme. Elle doit faire place à la mondialité: une gouvernance démocratique, qui relocalise et crée de nouvelles règles d’échange. On voit partout émerger le sens d’une citoyenneté mondiale solidaire. Arrêtons de penser nos questions contemporaines avec la grille de lecture de la géopolitique ou celle de l’économie du XIXe siècle, toutes deux construites sur l’obsession de la compétition. Consacrons l’essentiel de notre énergie à inventer les formes de cette citoyenneté planétaire qui donnera à l’aventure humaine la possibilité non seulement d’assurer sa survie biologique, mais plus encore d’accéder à un niveau qualitativement supérieur de l’histoire de la conscience.

*En savoir plus: http://www.collectifcitoyen.org/